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Interventions diverses en séance publique
Le 4 novembre 2008

> Budget 2009 « Enseignement scolaire » : le sacrifice de la jeunesse se poursuit

Jean-Jacques Candelier est intervenu le 04 novembre 2008 en discussion générale sur le budget 2009 de l'Enseignement scolaire.

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Chers collègues,

Le budget de l’enseignement scolaire nous est présenté alors que le malaise est profond avec la communauté éducative. Et pour cause !

À nouveau, le ministre de l’Education Nationale l’a préparé dans une logique purement comptable de réduction des dépenses publiques. Les suppressions massives de postes continuent, rappelant les saignées prodiguées par la médecine d’autrefois.

Après 11 200 postes en moins cette année, 13 500 seront supprimés l’année prochaine et 40 000 le seront dans les trois années à venir. Une véritable hémorragie, Monsieur le Ministre !

Les députés communistes et républicains n’ont de cesse de rappeler les ravages de cette politique sans précédent de réduction des moyens.

Votre député n'a pas été convaincu par la politique éducative de Xavier Darcos

Centrer la politique scolaire exclusivement sur la diminution du nombre de fonctionnaires, en taillant grossièrement dans les effectifs, est une orientation catastrophique qui se traduit sur le terrain par une fragilisation systématique des académies les plus en difficultés. Les classes se retrouvent complètement surchargées. Il existe des menaces de fermeture de la scolarisation en petite section à l’école maternelle. Cette dernière est remise en cause dans sa mission.

Les enseignants ne sont pas remplacés sur des périodes de plus en plus longues. Récemment, dans ma région, le Nord-Pas-de-Calais, le syndicat SNES-FSU épinglait les 90 Centres de Documentation et d’Information sans documentaliste, les maisons de lycéens et de collégiens fermées faute de surveillants ou les 1 400 élèves pour un seul conseiller d’orientation.

À Lewarde, dans ma circonscription, où deux classes ont été fermées à la rentrée de septembre, les parents d’élèves se sont mobilisés contre l’absence de remplacement d’un instituteur pendant près de deux semaines. Quel mauvais cadeau pour les 25 élèves, de contribuer à la surcharge des autres classes ! Plusieurs centaines de signatures ont été récoltées devant les portes de l’école. Face aux difficultés, les mobilisations locales existent.

À Flers-en-Escrebieux, également dans le Douaisis, les parents ont manifesté, suite au non-remplacement d’une enseignante de maternelle. Le problème, dans tous ces cas, est que l’inspection académique est nonchalante sur le sujet. Cette attitude ne tombe pas du ciel : elle est le résultat concret, sur le terrain, d’une politique de casse de l’éducation comme on n’en avait jamais vu auparavant. Ce budget 2009 de l’enseignement scolaire en est l’inscription budgétaire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’éducation est la variable d’ajustement d’une politique qui place en son cœur la sauvegarde des banques et des boursicoteurs. Pour eux, le Gouvernement trouve toujours quelques milliards ! Alors bien entendu, le Gouvernement prétend que le soutien va permettre d’aider les élèves en difficulté. Avec les soi-disant 2 heures de soutien hebdomadaires, on veut faire croire que cela compensera la disparition de l’école le samedi matin et que cela remplacera l’aide personnalisée aux enfants en grande difficulté.

Sauf qu’en réalité il n’en est rien. Le démantèlement des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté (RASED) aura des conséquences désastreuses sur la résorption de l’échec scolaire. Les professionnels des RASED travaillent en équipe et abordent des problèmes sociaux et relationnels, qu’on ne peut pas traiter en classe. En substance, on dit aux enseignants : « faites du soutien, mais sans l’appui des personnels compétents et spécialisés ». En réalité, ils se retrouveront seuls face à l’échec. On le voit bien : réaffecter 3 000 maîtres spécialisés sur les 9 000 dans les classes entières n’est pas conciliable avec l’objectif affiché de division par 3 de l’échec scolaire, particulièrement lourd en primaire.

Laisser tomber les enfants jugés « irrécupérables » est un véritable abandon. La réunion du 16 octobre au ministère a bel et bien scellé la mort, en 3 ans, des RASED. Cette décision est dramatique.

Face à cela, la communauté éducative dans son ensemble s’inquiète pour l’avenir des jeunes. 47 organisations et des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche 19 octobre pour défendre l’école et exiger du Gouvernement des moyens à la hauteur. Enseignants, parents d’élèves, auxiliaires de vie scolaire… Tous les personnels administratifs et techniques étaient présents dans les cortèges.

En Italie, la réforme de l’école de Berlusconi, qui est similaire à la politique appliquée ici, entraîne une mobilisation de masse et une grève nationale. Cela pourrait donner des idées… En France, la défiance remonte à loin. De lourds changements ont été introduits sans concertation avec la communauté éducative.

Je veux, bien entendu, parler de la suppression de la carte scolaire, qui, selon le rapport Obin, inspecteur général de l’Education Nationale, est propice à la création de ghettos, du droit d’accueil, qui est une provocation inédite à l’égard des enseignants, une remise en cause du droit de grève ainsi qu’un transfert par l’Etat, en direction des communes, de sa responsabilité en matière de service public, et enfin, de l’instauration des nouveaux programmes en primaire, sans le volume horaire concomitant. Toutes ces mesures sont autant d’attaques contre le service public.

Concernant la réforme de la formation des professeurs, je ne rentrerai pas dans le détail des incertitudes qui existent. Je me permets simplement de m’interroger sur le manque de cohérence du Ministre : faut-il avoir le niveau universitaire de Master, soit Bac + 5, pour « changer les couches » ? Car oui, si c’est bien l’idée que se fait Monsieur le Ministre des missions de l’école, avec, il est vrai, la sieste des tout-petits, alors on peut légitimement se poser la question ! À vrai dire, jamais nous n’avons entendu de telles dérives dans la bouche d’un Ministre en exercice, et qui plus est, ancien de la maison. Le « crime contre l’intelligence », c’est celui-là, pas celui de la mobilisation des enseignants !

Eux, sont payés au lance-pierre et soumis à des pressions de plus en plus fortes pour faire des heures supplémentaires. Eux, attendent toujours la revalorisation de leur carrière, promise pendant la campagne. Eux, enfin, ont le courage de lutter contre la mise en concurrence des établissements.

Récemment, le Président de la République a déclaré que « les fonctionnaires qui manifestent ne se rendent pas compte de la gravité de la crise ». Au contraire, je pense qu’ils ont trop bien compris dans quel monde nous vivons ! D’ailleurs, ils ne sont pas seuls : pas moins de 70 % des Français soutiennent leur mouvement.

Le budget de l’Education est une vitrine de l’ingratitude et du dédain du Gouvernement. Il est le reflet des dogmes capitalistes qui conduisent à vouloir faire de l’école une machine à sélectionner, un système à la carte renforçant les inégalités, un prétexte au commerce périscolaire et un dispositif de formation précoce des travailleurs.

Notre pays a la chance de disposer d’un grand service public d’éducation. Alors que celui-ci devrait être une priorité nationale pour les familles et le développement, il pâtit d’arbitrages budgétaires qui donnent la priorité à l’armement et à la guerre.

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance » mettait en garde Abraham Lincoln… Je le dis donc clairement, l’école doit avoir pour objectif la réussite de chacun :

  • Par l’arrêt des suppressions de postes, le remplacement des enseignants, le recrutement et la formation des personnels accompagnants nécessaires : surveillants, médecins et infirmières scolaires, agents pour la scolarisation des enfants handicapés,
  • Par la mise en place d’une programmation pluriannuelle de postes et l’arrêt du développement de la précarité,
  • Par l’élargissement de la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, contre 6 à 16, et le développement des disciplines comme les sciences sociales, qui sont remises en cause dans le cadre de la réforme des lycées,
  • Par la mise en place d’un plan ambitieux de développement de la formation des maîtres et d’un plan de recherche en éducation,
  • Et par la création d’un fonds national de lutte contre les inégalités scolaires permettant d’aller vers la gratuité effective de la scolarité.

Ces mesures demandent un engagement financier important. Mais tout est question de priorité. Le budget de l’Education nationale pourrait être porté à 7 % du PIB, la France en a les moyens. Cette année, les profits des entreprises du CAC 40 représentent le double du budget de l’Education nationale ! En temps de crise, les Français recherchent de la cohésion sociale dans les valeurs sûres. Le service public de l’Education Nationale est l’une d’elles.

Les enseignants n’ont pas de leçon d’intelligence à recevoir du Ministre. Ils constatent chaque jour la dévalorisation de leur métier, la disparition des valeurs qu’ils s’efforcent de transmettre et du respect de l’école de la République. Ce sont ces valeurs humanistes et républicaines qui sont aujourd’hui menacées par ce budget.

J’en termine en indiquant que si, selon la formule, « gouverner, c’est prévoir », alors il est clair que le Gouvernement ne gouverne pas ! Évidemment, nous ne voterons pas ce budget ubuesque. Merci de votre attention.

En savoir plus :

Article de Liberté Hebdo du 07-11-08

Dernière mise à jour du site le : 21 mai 2013