Monsieur le Président, Madame le Ministre, Mes chers collègues,
Le discours sur l’insécurité, imposé à grands renforts médiatiques, a introduit une véritable phobie chez nos concitoyens.
Si nul ne songe à nier le droit à la protection des personnes, le Gouvernement, à défaut d’apporter des solutions à l’insécurité sociale qui frappe de plus en plus durement nos concitoyens, instrumentalise le thème de l’insécurité à des fins politiques.
L’impulsion, chacun le sait, vient de l’Elysée. Après son hyperactivisme en tant que Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy dicte encore une fois sa loi. Celle-ci est simple.
À défaut de résultats, l’insécurité doit connaître un traitement médiatique de nature à entretenir une véritable « frénésie sécuritaire ».
Des lois symboliques, censées rassurer l’opinion publique, sont votées en urgence pour répondre ponctuellement aux moindres faits divers.

Au nom de la lutte contre l’insécurité, le Gouvernement fait la chasse aux étrangers sans-papiers, multiplie les infractions et les sanctions, remet en cause la justice des mineurs, banalise le recours au fichage, à la vidéosurveillance ainsi qu’à la biométrie et abandonne la police de proximité. Cette politique répressive contribue incontestablement à la surpopulation carcérale avec les conséquences mortelles que l’on sait. Cette agitation est un échec sur toute la ligne.
Pourtant, le budget 2009 « Sécurité » est dans la lignée de ces orientations répressives.
Il n’y a pas de quoi se vanter au regard des chiffres en matière de sécurité et de délinquance. L’Observatoire National de la Délinquance (OND) dresse un tableau plutôt sombre.
Si la délinquance générale a, certes, légèrement diminué entre août 2007 et juillet 2008, de l’ordre de 3 %, selon les chiffres de l’OND, en revanche, les escroqueries et infractions financières ont cru à nouveau de 8,50 %.
Les atteintes dites « gratuites » aux personnes, qui représentent plus de la moitié des actes de violences ont, quant à elles, continué leur progression et sont en hausse de 4,19 %. Cette tendance inquiétante se poursuit.
Le « tout répressif » est donc un échec. Les politiques de stigmatisation des jeunes des banlieues et les heurts qui opposent certains d’entre eux aux forces de l’ordre résultent de vos choix politiques. L’efficacité policière demanderait moins de spectacle et de violence, mais plus de présence.
Une présence pour nouer d’indispensables relations avec la population, car il faut aujourd’hui rétablir des liens de confiance entre les forces de l’ordre et les jeunes. Le fait de voir des gardiens de la paix jouer au football, en dehors de leur temps de travail, avec des jeunes dans les quartiers et banlieues ne m’a jamais choqué pas, bien au contraire. Il faut sortir de l’idée que seule la répression résoudra la délinquance, en prônant une politique de prévention.
Le budget 2009 qui est présenté, en légère hausse par rapport à l’année dernière, ne s’oriente malheureusement pas vers cette ambition et s’inscrit dans la droite ligne des précédents.
Au-delà, le rapprochement entre gendarmerie et police suscite, pour le moins, des interrogations. Cette nouvelle organisation manque de précision et de clarté. Où s’arrêtera ce rapprochement ?
Les inquiétudes existent également quant à l’emploi des forces armées sur le territoire intérieur, pour des opérations de police.
Même s’il faut sans doute revoir certaines procédures de travail entre les différents acteurs de la protection, les textes existants étaient suffisants pour permettre une implication de la gendarmerie dans ce domaine.
Alors, pourquoi la rattacher celle-ci au ministère de l’Intérieur ? Jusqu’où cela peut-il aller ? Veut-on rendre possible une intervention des armées dans un conflit social ?
Par ailleurs, la place de la gendarmerie ne sera pas facile à clarifier tant vis-à-vis des armées que vis-à-vis de la police. Je regrette qu’au moment où nous sommes amenés à nous prononcer sur un budget qui entérine cette réforme, la Représentation nationale n’ait pas été préalablement saisie du projet de loi portant sur la gendarmerie.
Au final, la mission interministérielle « Sécurité » ne devrait pas se limiter au seul financement de la police et de la gendarmerie, mais plutôt reposer sur une réflexion globale sur les conditions du maintien de l’ordre social.
La crise financière, l’augmentation de la pauvreté, le malaise de la jeunesse, la crise du logement et celle de l’emploi sont les sources de l’insécurité.
Votre politique globale aggrave la situation. En conséquence, nous ne voterons pas ce budget « Sécurité ».
